Comment écrire des flashbacks et captiver vos lecteurs ?

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flashback-temps

Suivre la chronologie, c’est le choix le plus évident quand on veut écrire l’histoire d’une vie ou d’une famille.

Mais ce n’est pas toujours simple. Cela peut même s’avérer très compliqué :

● parce que les souvenirs ne nous reviennent pas en mémoire suivant l’ordre chronologique ;

● parce que dans la vie, les événements s’enchevêtrent parfois. C’est même presque toujours le cas lorsqu’il s’agit de notre histoire familiale.

Et puis, une stricte chronologie peut être plate et ennuyeuse. Parfois, il vaut mieux bousculer l’ordre du temps et faire des retours en arrière.

Ces flashbacks* donnent du rythme à votre récit. Ils participent au plaisir du lecteur.

Mais s’ils sont mal faits, ils créent la confusion… et le livre est abandonné.

Tout ce que vous devez savoir pour utiliser les flashbacks…

 

Comme au cinéma ?

Les flashbacks vous permettent d’ouvrir une fenêtre sur le passé.

Par exemple, vous êtes en train de raconter la grande rencontre amoureuse de votre vie. Dans cette fenêtre sur le passé, vous vous souvenez d’un flirt antérieur. Ou d’un couple célèbre qui vous faisait rêver quand vous étiez enfant…

Le flashback peut être long (un chapitre) ou court (une phrase).

Le passé évoqué peut être plus ou moins lointain.

 

Une scène… ?

Un flashback peut s’écrire sous forme de scène, comme au cinéma. Une scène dont vous vous souvenez pour l’avoir vécue ou y avoir assisté, ou une scène imaginée si vous écrivez une biographie-fiction.

Qu’est-ce qu’une scène ? C’est une action que vous racontez « en temps réel », comme si elle se déroulait sous nos yeux :

« J’étais prête pour le dîner lorsqu’un de mes oncles a fait une entrée sur les chapeaux de roues dans la cour de la Salamandre. Il a claqué sa portière puis s’est engouffré en courant dans la maison jusqu’à la chambre de ma grand-mère où, à bout de souffle, il a annoncé : « Les rouges préparent une descente vers les villas de la plage ! Avertissez les voisins ! » »
Marie Cardinal, Les Mots pour le dire, éd. Grasset, p. 209

 

… ou un souvenir résumé ?

Pour ouvrir une fenêtre sur le passé, vous pouvez aussi raconter sous forme de résumé :

« Isabel nous l’avait dit, elle s’était installée là dès l’inauguration du Plaza, en octobre, et avait encore du mal à « s’adapter ». Par contraste avec son ancienne vie, c’était un gros changement. Elle et son regretté mari […] avaient vécu dans un appartement spacieux, à Jersey City, avec une belle vue jusqu’à la statue de la Liberté. Mais elle avait décidé de l’abandonner pour emménager au Plaza, elle avait eu récemment des ennuis de santé et tenait à se rapprocher des Berkowitz. »
Philip Roth, Patrimoine, éd. Folio, p. 49.

Parce qu’il nous plonge dans l’action, le flashback sous forme de scène rompt davantage le fil narratif que le flashback sous forme de résumé. À manier avec parcimonie, donc.

Votre flashback peut aussi prendre la forme d’un extrait de journal intime, d’une lettre…

 

Quand écrire un flashback ?

Scène ou résumé, un retour en arrière doit être pertinent et apporter quelque chose.

Vous pouvez l’utiliser pour :

  • faire comprendre les tenants et les aboutissants d’une situation
  • éclairer la psychologie d’un protagoniste, pour expliquer une motivation, une réaction…
  • donner de la perspective, de l’épaisseur
  • briser le rythme de la narration
  • délivrer une information qui n’a pas trouvé sa place plus tôt dans l’histoire. Sans tomber dans la facilité : « Je ne sais pas où mettre ça… Ce n’est pas grave, je vais faire un flashback et y déverser tout ce que je n’ai pas su intégrer avant ! » Vos lecteurs ne seront pas dupes 😉 .  Un flashback doit avoir du sens.

À éviter aussi : le flashback au tout début de votre livre. Le lecteur n’a pas encore eu le temps d’entrer dans le récit, ni de s’attacher à la personne dont vous retracez l’existence. Il ne s’intéresse donc pas (encore) à son passé.
Donc, si votre livre s’ouvre sur le mariage de vos grands-parents, par exemple, poursuivez un peu sur la vie des jeunes mariés avant de créer un premier flashback sur leur histoire.

 

Astuce n° 1 du flashback : soyez clair

 

1. Distinguez bien le récit principal et les flashbacks

Une règle basique, mais trop souvent négligée !

Que voyez-vous dans les films ? L’entrée et la sortie des flashbacks sont signalées par un passage au flou, ou par une transition entre couleur et noir et blanc… Vous savez clairement qu’un flashback commence, vous savez également quand il se termine.

De même, vos lecteurs ne doivent pas se demander : « Suis-je bien dans un flashback ? »

Pour vous faire comprendre, écrivez des phrases de transition sans ambiguïté, tout en restant fluide.

● « Je me souviens qu’un jour, pendant mon adolescence… »
● « Elle nous a alors raconté un incident survenu en 1944. Cette année-là, elle vivait encore à … »
● « Mes premiers symptômes se sont manifestés au cours d’une soirée étudiante. J’avais 19 ou 20 ans… »

Philip Roth, dans son livre Patrimoine, revient sans cesse sur des anecdotes et des souvenirs plus ou moins lointains. Mais en le lisant, on sait toujours où l’on se trouve sur l’échelle du temps.

Pour bien séparer récit principal et flashback, vous pouvez aussi vous aider de la mise en page. Par exemple :

    • faites un double saut de paragraphe avant et après le flashback
    • insérez des astérisques séparateurs (les fameux ***)
    • décalez le passage à l’intérieur de la page, comme je le fais ici
    • employez l’italique si votre flashback est court (l’italique n’est pas très lisible sur la longueur

 

2. Donnez des repères de temps et de lieu

À quelle époque sommes-nous ? Où se passe la scène ? Qui est présent ?

● « J’avais rencontré Marc huit ans auparavant, dans des circonstances assez particulières… »
● « Mes grand-parents se sont installés à Marseille peu après leur mariage. »
● « Collioure, 11 janvier 1826. Comme chaque matin, Fernand se rend au port pour … »

Au moment où vous êtes dans votre bulle d’écriture, vous ne pensez pas toujours à indiquer tous les repères nécessaires. Ils sont si évidents pour vous !
Mais vos lecteurs, eux, risquent d’être perdus. Soyez-y attentif quand vous relisez votre manuscrit.

Je me souviens d’un début d’autobiographie totalement confus, où l’auteur avait enchâssé une série de retours en arrière. Il pensait que le lecteur s’y retrouverait grâce à quelques indices vagues. Mais ce n’était pas du tout le cas…
En ajoutant 2 ou 3 dates-repères, on y voyait déjà plus clair  ! N’hésitez pas à être précis.

 

3. Pensez aux verbes

Changer le temps des verbes est un autre moyen pour indiquer le début ou la fin d’un flashback. En principe :

  • temps principal au présent ⇒ flashback au passé composé, au passé simple ou à l’imparfait.
    Cela dit, on lit parfois des scènes de flashback écrites au présent. D’où l’importance d’avoir utilisé d’autres moyens pour signaler à vos lecteurs qu’ils sont bien dans un flashback ;
  • temps principal au passé composé ou au passé simple ⇒ flashback au plus-que-parfait.

Si votre flashback est assez long, le plus-que-parfait risque de devenir lourd, très lourd…

Mon conseil dans ce cas : commencez votre flashback avec quelques phrases au plus-que-parfait, puis abandonnez-le et continuez avec le temps principal (passé simple ou passé composé). Beaucoup d’auteurs procèdent ainsi et, à la lecture, on ne se rend compte de rien.

« Trois ans plus tôt, le 18 mars 1966, il m’avait malheureusement fallu être aux États-Unis le jour de leur mariage. Je n’avais pu échapper à une formation professionnelle prévue de longue date, d’autant que j’escomptais déjà prendre la direction du laboratoire. Je les avais revus peu de temps après mon retour, lors d’un dîner informel auquel ils m’avaient invitée.
C’est alors qu’ils m’avaient appris, à ma grande stupéfaction, que leur union n’était qu’une supercherie. J’en avais pâli.
C’est alors qu’ils m’apprirent, à ma grande stupéfaction, que leur union n’était qu’une supercherie. J’en pâlis… »

Revenez au plus-que-parfait dans les deux ou trois dernières phrases de votre flashback.
Et quand vous reprenez le récit principal, employez de nouveau le passé simple ou le passé composé.
Le lecteur comprendra alors qu’il a changé d’époque.

 

Astuce n° 2 : connectez le passé au présent

À la fin de votre flashback, dites ce que vous pensez ou ressentez de l’événement raconté :

● « Vingt ans après, je suis encore irrité en me rappelant ce moment. »
● « Je me demande comment je réagirais aujourd’hui… »

Quel est le lien entre le flashback et ce dont vous parliez quand vous l’avez inséré ?
Car c’est bien la raison d’être de ces retours dans le passé : permettre de souligner des correspondances entre des époques, des âges de la vie.

● « Désormais, j’étais mère de quatre enfants et mon quotidien avait un visage bien différent. »
● « Cet accident, que personne n’avait pris au sérieux, explique sans doute pourquoi Jean est devenu sourd au fil du temps. »

 

Le flashback « intégral »

1. Votre livre peut s’ouvrir sur un événement marquant (l’arrivée dans une nouvelle ville ou un nouveau pays, une crise personnelle intense, un décès ou une naissance…), puis revenir en arrière et poursuivre sa route jusqu’à la « fin » de l’histoire (je mets des guillemets à « fin », car ni votre histoire ni celle de votre famille ne sont évidemment finies !)

2. Votre biographie personnelle ou familiale peut aussi commencer par la « fin » (le moment où vous en êtes aujourd’hui, par exemple), puis revenir en arrière pour que le lecteur puisse interpréter les événements du passé à l’aune de cette fin.

Le récit est presque entièrement constitué d’un flashback, en quelque sorte. Le début du livre sert uniquement à poser le cadre et à donner le sens de la vie racontée.

À utiliser si vous voulez donner une impression de fatalité. Comme si, dans la vie que vous retracez, tout devait nécessairement amener au dénouement.

 

La biographie à deux étages

Autre possibilité pour jouer avec les âges et les époques : le récit à deux étages. Par exemple :

  • un chapitre où le-la protagoniste jeune (vous, par exemple) raconte ce qui lui arrive en alternance avec un chapitre où la même personne, qui a pris de l’âge, commente ;
  • un chapitre racontant la vie d’un ancêtre en alternance avec un chapitre qui retrace un moment de votre vie. Entre les deux, un point commun !

 

Pour mémoire

  • Faire voyager vos lecteurs dans différentes strates du temps donne du relief à votre biographie.
  • Ces allers-retours doivent avoir du sens.
  • Vous pouvez écrire plusieurs sortes de flashbacks.
  • Un flashback est bien délimité, avec des repères clairs.
  • Quand vous lisez, observez la manière dont les flashbacks sont écrits.
  • Entraînez-vous, explorez, manipulez plusieurs procédés.
  • Amusez-vous bien !

 

* Le mot flashback vient du cinéma, mais je l’emploie aussi pour les textes. Il est tout de même plus parlant qu’« analepse », qui est le terme exact pour les récits.

 

 

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10 réflexions au sujet de « Comment écrire des flashbacks et captiver vos lecteurs ? »

  1. Bonsoir,

    Merci beaucoup pour ces nouvelles ‘astuces’ afin de captiver nos futurs lecteurs.

    Très cordialement,

    • Bonsoir Thierry, et merci à vous.
      Avec les flashback, vos histoires prennent une autre dimension.
      A bientôt !

  2. Bonsoir Hélène
    Merci pour toutes ces astuces de construction. Je compte utiliser le flash back dans mon récit et ces conseils sont les bienvenus !
    Bien cordialement.

    • Merci pour votre commentaire, Sylvie.

      A très bientôt, en vous souhaitant de belles pages d’écriture grâce à ces flashback bien utiles 🙂

  3. Merci Hélène,
    J’aime l’astuce du flashback au plus-que-parfait avec un passage au passé simple pour alléger. Je vais m’en souvenir !

    • Ou au passé composé, selon le temps principal que tu as choisi.
      En tout cas, c’est à tester absolument ! 🙂

  4. Merci beaucoup Hélène pour vos articles si précieux.
    Grâce à vos conseils j’ai terminé mon histoire familiale !
    J’ai utilisé un flashback au troisième chapitre. Je vais vérifier si mon utilisation est ok.
    Votre conseil d’alterner un chapitre sur un ancêtre et sur sa propre vie m’aurait bien servi !

    • Merci à vous, Fatima. Très bonne nouvelle !
      C’était plus une suggestion qu’un conseil, et je suis sûre que votre livre est très bien !

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