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Comment écrire ?

Comment écrire les émotions ? 6 techniques qui marchent

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L’autre jour, nous avons parlé des émotions. Avez-vous téléchargé ma liste de 250 adjectifs pour mettre des mots sur vos ressentis ? Très pratique en toutes circonstances ! 😉

Mais ensuite, comment faire passer une émotion par écrit, en l’occurrence dans le livre de votre vie ou de votre famille ? Comment trouver les mots et amener vos lecteurs à ressentir ce que vous avez vous-même ressenti ?

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Le principe de base

Au moment d’écrire une émotion, il vaut mieux la ressentir (momentanément, bien sûr). Sinon, vous peinerez à la transmettre.

Un peu comme un comédien qui s’apprête à jouer une scène ou un chanteur qui interprète un morceau : s’il n’est pas « habité » par l’émotion, vous ne ressentez rien non plus !

C’est le principe de la résonance émotionnelle.

 

Dire ou montrer ?

L’un des moyens les plus simples est de nommer votre émotion, de dire comment vous vous êtes senti à tel ou tel moment. Ma liste d’adjectifs est là pour vous y aider.

Vous y trouverez des adjectifs passe-partout comme « triste » ou « gai ». Bien sûr, ce ne sont pas ceux-là qu’il faut utiliser. Pour qualifier votre ressenti, choisissez des adjectifs précis et vifs.

Mais dire son ressenti ne suffit pas toujours. Pour le transmettre à ceux qui vous lisent, il est souvent plus efficace de le montrer.

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–> Quand vous dites (nommez) une émotion, vous informez vos lecteurs. « J’étais déconcerté » : ici, on apprend l’existence de l’émotion mais on lit « avec notre tête », et on ne ressent rien ou pas grand-chose. Le fait de nommer l’émotion ne favorise pas la résonance émotionnelle.
Et puis, c’est parfois un peu court. Si vous écrivez : « Quand mon mari m’a proposé d’aller vivre dans la ville de M., j’ai été enthousiasmée », on a envie d’en savoir plus ! Que recouvre exactement le mot « enthousiasmée » ?

–> Quand vous montrez une émotion, vous écrivez une scène dans laquelle vous êtes en action. Le lecteur voit ce qui se passe, entend ce qui est dit. Ainsi, il peut vivre la même expérience émotionnelle que vous (ou que la personne dont vous écrivez la biographie), vous le mettez dans votre peau. Il vous suit pas à pas, voit et sent comme vous.
Par empathie, et peut-être en s’identifiant, les lecteurs de votre autobiographie s’attachent à vous et veulent connaître la suite de votre histoire.

Comment montrer les émotions ? Pour répondre à cette question, demandons-nous comment celles-ci se manifestent concrètement.

 

Le langage du corps

– Le corps peut se replier sur lui-même sous l’effet d’une émotion liée à la tristesse, se figer ou se tendre sous l’effet de la peur…
– Le visage peut rougir, rosir, pâlir, se crisper…
– La voix peut trembler, devenir grave…

Votre amoureux était « troublé » lors de votre premier rendez-vous. À quoi l’avez-vous remarqué ?

Les sensations

Il ne s’agit plus des manifestations extérieures du corps, mais de ce qui est ressenti dans le corps.

L’envie de bondir et de courir à l’annonce d’une bonne nouvelle, la vue et l’ouïe qui se troublent lors d’une annonce choquante, une sensation de brûlure dans le thorax sous l’effet de la rage…

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Les pensées

Au-delà des faits bruts, celles et ceux qui lisent l’histoire de votre vie s’intéressent à ce qui s’est passé dans votre esprit.

Voici quelques débuts de phrases pour écrire vos pensées :

– Je me suis demandé si…
– Je me suis dit que…
– J’imaginais que…
– Je me suis souvenu de…
– Je trouvais que…
– Je me suis rendu compte que…
– J’avais l’impression que…

Prenons l’exemple d’une maman en pleine déprime :

« Je réalisai que bientôt, trop vite sans doute, les enfants ne vivraient plus chez nous. Peut-être même s’installeraient-ils très loin et nous ne les verrions plus qu’une ou deux fois par an… Aujourd’hui, leur présence quotidienne me réconfortait. Elle comblait un vide. Mais demain ? Je me demandai ce que je deviendrais une fois qu’ils ne seraient plus là. Je me vis désœuvrée, me laissant aller sous le poids des idées noires. Tout d’un coup, j’eus envie de crier… »

 

Les dialogues (ou les monologues)

Ils montrent à la fois :

–  ce qui est dit
–  parfois ce qui n’est pas dit (quand on change brutalement de sujet de conversation, par exemple)
–  la façon dont c’est dit.

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Au lieu de « Mon père est rentré furieux à la maison. J’avais très peur », le texte sera plus vivant avec quelque chose de ce genre :

« Vers 18 h, j’ai entendu claquer la porte d’entrée. Je savais que c’était mon père. Il ne s’est passé que quelques secondes avant qu’il fasse irruption dans ma chambre. J’ai retenu mon souffle. Le visage cramoisi et déformé, il s’est avancé vers moi en hurlant :
–  Mais qu’est-ce que tu as fait, espèce de minable ! Tu es la honte de la famille !
–  Ce… ce n… ce n’est pas de ma ma ma… ce n’est pas de ma faute…

Un monologue : « C’est incroyable, on dirait que Marc a deviné mon rêve de vivre à M. Ça nous changera tellement de notre vieille bourgade endormie ! À nous les sorties dans les endroits chics, les restaurants étoilés, les boutiques de luxe. Au début, j’inviterai les nouveaux collègues de Marc et leurs épouses, ce sera un bon moyen de nous faire des amis. Je suis sûre que nous allons nous amuser comme des fous… »

 

Ces conseils s’appliquent à l’autobiographie. Ils restent valables si vous voulez écrire l’histoire d’un tiers, mais vous devrez alors :
–  soit faire preuve d’invention en reconstituant la « réalité ». En un mot, vous devrez « romancer », c’est-à-dire utiliser des techniques du roman : scènes, dialogues… Est-ce ce que vous souhaitez faire ?
–  soit vous inclure dans le texte et transmettre vos propres émotions. Un exemple : « Je me suis beaucoup attaché à cet ancêtre. Au début, j’étais curieux de… »

 

Les actions

Rendons-nous dans une ferme isolée… Voici une manière de montrer la peur d’y dormir seul :

« Je m’assurais que portes et fenêtres de la maison étaient solidement fermées. Une fois au lit, je sursautais à tous les craquements de la charpente et restais à l’affût du moindre bruit durant des heures. Parfois même, je me relevais pour vérifier que les volets étaient bien crochetés… »

 

C’est à vous !

Le mieux, c’est de s’entraîner 😉 Choisissez une émotion récente (ni trop forte ni trop faible, et pas trop pénible) ou imaginez-en une, et montrez en quelques phrases la façon dont elle s’est traduite :

− dans votre langage corporel externe
− dans vos sensations physiques internes
− dans vos pensées
− à travers les mots prononcés (à un tiers ou dans votre tête)
− à travers vos actions.

Laissez reposer quelques heures et relisez-vous en mettant votre sévérité de côté : qu’en pensez-vous ? qu’est-ce qui fonctionne et que pouvez-vous améliorer ?

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