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Je, tu, il/elle ? Trouvez le bon pronom pour écrire votre (auto)-biographie

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Avant, c’était simple. Pour écrire une autobiographie, on parlait à la 1re personne.

Pour la biographie d’un tiers, on disait « il » ou « elle ».

Mais l’écriture évolue (elle aussi).

Aujourd’hui, toutes les options sont possibles : que votre livre parle de vous, d’un ancêtre ou d’un proche.

Je,  tu,  il/elle : pour choisir votre pronom, tout est affaire de position.

Voyons ça tout de suite !

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1. « Je » : intimité directe, subjectivité

Le « je » paraît aller de soi quand vous écrivez l’histoire de votre vie. Pourtant, nous allons voir que vous pouvez :

  • employer un autre pronom
  • dire « je » pour écrire la biographie d’une tierce personne.

 

Dans une autobiographie

Avec le « je », vous êtes impliqué, vous vous dévoilez ouvertement. Vous créez une intimité, un rapport personnel et direct entre le lecteur et vous.

 

Dans une biographie

Quand vous écrivez une biographie à la 1re personne, c’est comme si votre ancêtre ou parent s’adressait directement à vos lecteurs. Ce qui peut rendre votre texte étonnant… et vivant.

Avec le « je », vous vous mettez à la place de votre « biographé ». Du moins, vous essayez. Vous imaginez ou reconstituez ses pensées, ses émotions, parfois ses comportements… en risquant de passer complètement à côté de la réalité.

Si vous écrivez un livre sur la vie d’un parent ou d’un ancêtre à la 1re personne, je vous recommande d’expliquer en avant-propos :
– pourquoi vous avez fait ce choix
– si la personne est décédée, comment vous avez procédé pour reconstituer sa vie.

Si la personne est toujours en vie, vous devriez lui parler de votre projet d’écriture : est-elle d’accord ? A-t-elle des desiderata ?

S’il s’agit de votre père ou de votre mère, je vous conseille aussi de recueillir le sentiment de vos frères et sœurs, de vos oncles et tantes. D’autant qu’ils pourront sans doute vous apporter des points de vue intéressants, voire leur collaboration.

 

  • Deux conseils de lecture
  • Entre les notes de Bach, une biographie romancée écrite par Jean-Pierre Grivois (lire le premier chapitre)
  • La Maison Yamazaki : La vie exemplaire d’une paysanne japonaise devenue chef d’une entreprise de haute coiffure. Ici, l’auteure, Laurence Caillet, a mis en forme les propos recueillis auprès de l’« héroïne » de ce livre.

 

2. « Tu » : la marque du dialogue

Oui, on peut écrire une biographie ou une autobiographie en employant le « tu ». Même s’il faut reconnaître que c’est rare.

Si vous écrivez une biographie ou vos propres souvenirs à la 2e personne, vous surprendrez vos lecteurs.

Pour autant, ne faites pas ce choix pour être original, mais parce qu’il a du sens.

 

Dans une autobiographie

Écrire une autobiographie à la 2e personne revient à s’adresser à soi-même comme on s’adresserait à un double, un alter ego.

Dans cette forme d’introspection, on s’interroge, on s’interpelle.

Vous pouvez aller jusqu’à faire votre examen de conscience (« est-ce que tu n’aurais pas dû accepter ? »), voire vous blâmer… ce que je ne vous recommande pas !

 

Dans une biographie

Dans ce cas, vous parlez à votre « biographé ».

Parce que vous avez quelque chose à lui dire, une confession à lui faire, parce que vous voulez « entrer en contact » avec lui ou avec elle…

 

  • Deux conseils de lecture
  • Le plus bel exemple de biographie et d’autobiographie à la 2e personne est Lambeaux, de Charles Juliet (auteur également de L’Année de l’éveil).

L’écrivain y reconstitue d’abord la vie et la personnalité de sa mère biologique :

« Le matin, à l’aube, quand tu mènes tes vaches paître, et que loin du village, longeant des bois, tu t’enfonces dans la campagne déserte et silencieuse, tu ne cesses d’être aux aguets, de te retourner, de scruter le moindre buisson, de surveiller ce qui t’est proche tout en promenant un regard circulaire sur les lointains. »

Dans la seconde partie, Charles Juliet évoque son propre parcours et rend hommage à sa mère adoptive, toujours à la 2e personne du singulier.
Il parle aussi de son projet d’écriture :

« Dire ce que tu leur dois [à ses deux mères]. Entretenir leur mémoire. Leur exprimer ton amour. Montrer tout ce qui d’elles est passé à toi.
Puis relater ton parcours, cette aventure de la quête de soi dans laquelle tu as été contraint de t’engager. Tenter d’élucider d’où t’est venu ce besoin d’écrire. Narrer les rencontres, faits et événements qui t’ont marqué en profondeur et ont plus tard alimenté tes écrits. »

  • Le blog de Nathalie, qui écrit sur ses ancêtres en s’adressant à eux avec le « tu », ou en les faisant parler avec le « je ».

 

3. Il/elle : distance, « objectivité »

Dans une autobiographie

Écrire sa propre histoire en utilisant « il » ou « elle » est assez rare. Ce choix, a priori surprenant, vous permet pourtant de :

  • garder une distance avec vos émotions. Cela peut vous aider si vous évoquez des événements difficiles, par exemple
  • vous dévoiler tout en laissant planer un doute sur le fait qu’il s’agit bien de vous. Le « il » ou « elle » donne un effet impersonnel à votre autobiographie. C’est une façon de vous protéger si vous éprouvez des difficultés à vous exposer
  • vous regarder comme si vous étiez quelqu’un d’autre. Par exemple, si l’enfant ou le jeune adulte que vous étiez vous semble tout à fait différent de l’homme ou la femme que vous êtes aujourd’hui. Cet ancien « moi », vous peinez à en parler à la 1re personne et préférez le désigner par « il » ou « elle ».

Si vous craignez que l’emploi de la 3e personne donne un côté « Alain Delon » à votre autobiographie 😉 expliquez votre choix en avant-propos, par exemple.

 

Dans une biographie

Le « il » ou le « elle » est la première option qui vient à l’esprit quand on veut écrire la vie d’un ancêtre ou d’un proche.

Avec ce pronom, vous montrez le déroulement d’une existence. La 3e personne agit comme une caméra qui suit un personnage.

Elle instaure donc une distance entre ce personnage et vous, et entre ce personnage et le lecteur.

Vous pouvez accentuer ou réduire cet effet de distance selon votre façon de nommer votre « biographé ».

L’autre jour, Marie-Pierre m’a demandé : « Quand il s’agit de ses grands-parents ou parents, vaut-il mieux faire le récit en utilisant leur prénom ? ‘‘Serge est allé à l’école’’ ou ‘‘papa est allé à l’école’’ ? »

Ma réponse : Quand vous dites « papa », vous vous positionnez en tant que « fils/fille de ». Votre texte est plus personnel. Il peut davantage toucher vos lecteurs.

Si vous parlez de « Serge », votre père prend l’allure d’un personnage tout à fait extérieur à vous. La distance est plus grande.

Pour un ancêtre éloigné dans le temps, vous employez généralement le prénom (tonalité « affective ») ou le nom complet (tonalité « administrative »).

À noter : dans tous les cas, vous pouvez vous inclure dans le livre :
– « À l’époque où papa travaillait à la chaîne, je ne mesurais pas la rudesse de son quotidien »
– « Je me demande si Serge / Marguerite / notre ancêtre pensait parfois à … »

 

  • Un conseil de lecture

L’Éducation de Henry Adamsautobiographie écrite par… Henry Adams (1906)

 

En conclusion

Il n’y a pas de choix meilleur qu’un autre. La question à vous poser est : « Avec quel pronom suis-je le plus à l’aise ? »

En ce qui me concerne, je ne me vois pas écrire la vie de mes parents à la première personne, par exemple ! Ni en les désignant par leur prénom.

Si vous peinez à vous déterminer, écrivez le même paragraphe avec chacun des choix possibles. Qu’est-ce que cela donne ?

 

Si vous avez peur de créer des conflits au sein de la famille, jetez un œil sur cet article.

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10 réponses sur « Je, tu, il/elle ? Trouvez le bon pronom pour écrire votre (auto)-biographie »

Bonjour Hélène, et merci pour cet article.
Il clarifie les différentes options et donne des idées pour aller au-delà des choix traditionnels.
Je trouve que l’emploi du « tu » est un exercice difficile. Sur la longueur d’un roman, il peut alourdir le récit et lasser le lecteur. J’ai lu récemment « la femme qui fuit », d’Anaïs Barbeau Lavalette. L’auteur y règle ses comptes avec une grand-mère absente tout en tentant de la comprendre. L’emploi du « tu » est donc approprié et l’effet très réussi.
Merci encore, je vais garder cet article précieusement !
Amicalement,
Laetitia

Merci Laetitia, j’ai bien envie de lire le récit dont tu parles !
A bientôt 🙂

Bonsoir Hélène,

Merci beaucoup pour ce nouvel article.
Je vais l’utiliser pour la (très) modeste chronique familiale que je suis en train de rédiger sur une branche de mes ancêtres.
Cet article m’a suscité d’autre modes de rédaction que je n’imaginais pas.
Encore merci, et je stocke l’article l’article avec ses petits frères.

Amicalement,
Thierry

Bonsoir Thierry,
ravie de pouvoir apporter ma petite pierre à votre projet. Modeste ou pas, celui-ci sera de toute façon précieux.
Au plaisir !

J’aime beaucoup votre approche, et en y réfléchissant on pourrait aussi employer dans certains cas le « nous » ou peut-être plus difficilement le « vous ».
Merci de mettre notre réflexion en marche.

Oui, vous avez tout à fait raison.
Certaines personnes emploient des expressions telles que « vous, chers petits-enfants », par exemple. Ecrire en gardant vos lecteurs en tête, comme s’ils se trouvaient face à vous, est souvent d’une grande aide.
Merci pour votre commentaire

michèle Anceaudit :

J’ai éprouvé le besoin d’écrire avec la maladie mais je n’arrivais pas à parler de moi.
J’ai écris des phrases lues ou entendues qui résonnaient en moi puis je les ai annotées.
C’est lors d’une très grosse crise que le JE est apparu comme une évidence.C’est ce jour là aussi que j’ai donné un prénom à la maladie qui m’accompagne, Parkie. J’ai su que j’écrirais une sorte de témoignage où se côtoiraient humour, dérision, espoir, joie mais aussi douleurs.
Mon amie Parkie et moi vous remercions pour votre aide

Je suis très touchée par votre témoignage, Michèle. Bravo pour ce courage et cette vitalité qui, eux aussi, vous accompagnent.

Votre cheminement progressif, jusqu’à l’évidence, est intéressant. Le choix du pronom peut s’imposer ; d’autres fois, il s’opère par tâtonnements.

Dans votre livre, il y a donc un « je » et un « elle » ? et peut-être un « nous » ?

anceau michèledit :

Merci de m’avoir répondu
oui en effet nous luttons toutes les deux ma compagne Parkie et moi avec la maladie et non pas contre.
Pourquoi s’arrêter quand il y a encore tellement de choses à vivre?
Ce n’est qu’un humble témoignage
Je dis parfois: Parkie, laisse moi regarder le monde !!
Merci

Vous devez écrire de très belles choses, j’en suis sûre. A bientôt, Michèle

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