Ecrire des souvenirs de famille : l’exemple touchant de Christian

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écrire livre souvenirs de famille

Tout le monde n’a pas la chance d’avoir eu des parents intrépides ! Christian, si.
Et il en a tiré un livre, qui relate avec tendresse les aventures familiales dans la cordillère des Andes, entre 1948 et 1957.

Quand les parents, les grands-parents et les oncles de Christian ont embarqué à bord d’un Latécoère depuis le sud-ouest de la France, Christian avait 2 mois.

Le petit garçon a ensuite « poussé » dans les hautes montagnes du Venezuela, parmi les Indiens, jusqu’à l’âge de 8 ans.

À partir de ses souvenirs d’enfance et d’anecdotes mille fois entendues, Christian a écrit un récit savoureux, 60 ans plus tard.

Voici le témoignage touchant de cet artisan à la retraite.

 

À partir du moment où vous avez pensé à écrire cette biographie familiale, combien de temps avez-vous mis pour passer à l’action ?

Christian : J’ai mis des années, car je n’avais aucune confiance en mes capacités d’écriture. Maintenant, capacités ou pas, je m’en moque.

Bien sûr, je lis les conseils nombreux sur votre blog, car je sais que j’ai besoin de conseils. Je suis loin de certains écrivains américains actuels qui jettent leur prose comme les cow-boys leur lasso.

Mais désormais, à 69 ans, je me lâche. « Osez Joséphine » !

 

Quel était votre but ?

Je voulais laisser un témoignage des aventures de ma famille.

J’étais enfant, mais j’ai vu mes aînés vivre dans des difficultés quasi insurmontables et j’ai senti bien des choses.

Par la suite, mes parents et mes oncles m’ont beaucoup parlé de leurs aventures plus ou moins cocasses, qui frôlaient parfois la bêtise humaine. C’était une époque d’après-guerre très difficile. Si vous ne plaisiez pas au chef de police local, il vous mettait en prison séance tenante avec un pistolet sur la tempe.

Il fallait écrire tout cela. Je l’ai fait pour mes neveux et nièces, qui, pour le moment, préfèrent loucher sur l’écran de leur smartphone et sont indifférents à ces aventures de leurs aînés. Un jour sans doute, ils lèveront le nez et s’intéresseront à ces anecdotes. Tant mieux.

livre de famille

La famille au complet. Les aventures se déroulent entre Betijoque et Timotes,
deux villages de la cordillère des Andes.
« Derrière les tontons, notre brave chien Fritz, ainsi appelé par le grand-père,
qui avait fait 5 ans dans les tranchées de Verdun », précise Christian.

 

Aviez-vous fait un plan préalable ?

Non, pas vraiment. Cette histoire m’a tant de fois été racontée que je la savais par cœur.

Et puis, cela s’est passé il y a plus de 60 ans, tous ces événements commencent à devenir flous. Je ne sais d’ailleurs pas s’ils sont narrés avec précision, la mémoire joue souvent des tours.

Mon oncle Edmond, qui me l’a de nouveau racontée à travers un échange de mails, a trouvé que les événements avaient été magnifiés comme dans un conte de légendes, avec de la poésie et de la tendresse.

 

Quel a été votre rythme de travail pour écrire ?

J’allais chez maman boire un petit café et je sortais mon calepin, sur lequel je notais les questions reprenant les anecdotes de la veille. Maman se prêtait fort volontiers au jeu.

Ensuite, j’écrivais à gros traits sur l’ordinateur ce qu’elle m’avait confié, afin de ne rien oublier.

J’attendais les mails de mon oncle Edmond, resté au Québec [Christian et ses parents y ont vécu quelques années après l’aventure vénézuélienne], qui me taquinait en me disant que cette histoire n’intéresserait personne.

Puis je relatais ces anecdotes en y prenant beaucoup de plaisir. J’écrivais ainsi tous les jours.

 

Combien de temps avez-vous mis pour écrire le 1er jet ?

J’ai mis à peu près six mois. Le plus long était de récolter les différents récits et témoignages auprès de ma mère, ma sœur et mon oncle.

Les autres oncles et tantes qui étaient de cette expédition ne sont plus de ce monde, de même que mes grands-parents. C’est la raison pour laquelle je me suis décidé à commencer la rédaction.

 

Avez-vous beaucoup corrigé ensuite ?

Non, un peu seulement afin de rendre le récit plus vivant, un paragraphe moins maladroit, une tournure plus heureuse. J’espère que mes neveux dans 50 ans sauront me pardonner…

C’est le simple témoignage d’un petit garçon de 7 ans qui ne se complique pas trop la vie et jette sur le papier, une soixantaine d’années plus tard, ses impressions sur la vie au Venezuela.

 

Avez-vous intégré les photos au fur et à mesure ou dans un second temps ?

Parmi les très nombreuses photos de mon oncle que j’ai conservées, je choisissais celles qui illustraient le plus fidèlement deux ou trois pages de récit.

Je les choisissais au fur et à mesure, quitte à en préférer une autre à l’occasion. Ensuite, je regardais les photos avec maman et cela lui rappelait des anecdotes. Je gardais alors la photo qui lui avait ravivé tel ou tel souvenir.

Le livre compte 82 photos, sur 190 pages.

écrire un livre souvenirs d'enfance

Quelles difficultés avez-vous rencontrées tout au long de cette expérience ?

Je vais vous paraître prétentieux : aucune difficulté. Bien sûr, je reste modeste, je ne dis pas que c’est d’une grande qualité rédactionnelle. Suivre à la lettre quelques-uns de vos conseils aurait certainement amélioré la rédaction et mes recherches auprès des « aventuriers ».

Par exemple, l’article consacré aux émotions m’aurait sans doute aidé à mieux exprimer ce que je ressentais ; le livre des 210 questions aussi, à condition de le suivre scrupuleusement.

 

Qu’est-ce qui vous a manqué ?  

La confiance en moi. J’avais besoin d’encouragements de façon générale, même si la famille me témoignait à sa façon ses attentions et ses conseils.

Ce manque de confiance doit venir de l’éducation reçue à la maison, trop rigide et trop « XIXe siècle », tandis que les instituteurs au Québec m’apportaient beaucoup de réconfort, d’encouragements et de mise en valeur.

 

 

Qu’avez-vous aimé dans cette expérience ?

Cette expérience m’a confirmé dans l’idée que j’avais des facilités d’écriture.

Après le bac, mon père m’a incité à entrer dans l’armée française, où je me suis ennuyé à crever. Pour ne pas perdre mon temps, j’ai suivi des cours du soir de journalisme pendant deux ans. J’ai obtenu de bonnes notes, mais une grande timidité m’a empêché d’exploiter ce talent de rédaction et de le développer.

J’ai aimé écrire ce livre parce que mon père n’était plus là pour me décourager. Ma mère, de son côté, m’a encouragé. Écrire le livre a été comme un baume apaisant, cela m’a réconforté.

Je me suis surtout « régalé » à écrire les différentes anecdotes. Quand une tournure ne me plaisait pas, une autre arrivait et cognait à la porte. Bien sûr, ce n’est pas du Flaubert, qui raturait chaque petit bout de phrase.

 

Quelle a été la chose la plus facile ?

Raconter cette histoire m’a été facile, je l’avais en tête depuis ma plus tendre enfance.

Ma femme me pressait de l’écrire, afin que cette aventure ne se perde pas dans l’oubli. Plus je vieillissais, plus je prenais conscience de l’urgence de l’écrire.

C’était donc assez simple, car je connaissais presque tout de mémoire, tant mon père et mes oncles m’en avaient parlé, comme une éternelle obsession.

 

La plus difficile ?

L’indifférence polie de certains proches. J’ai du mal à la comprendre, tellement cette histoire a été importante pour moi. Il faut s’y faire après tout…

 

Avez-vous un autre projet ? 

Oui, je veux écrire le livre sur mon enfance et la vie de la famille au Québec.

Les faits sont restés plus vivaces encore dans ma mémoire. Je veux raconter quand on versait du sirop d’érable sur la neige froide de novembre le jour de la Sainte-Catherine, on appelait ça la tire sainte-Catherine. C’était bon, le sirop sur la neige de novembre…

 

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4 réflexions au sujet de « Ecrire des souvenirs de famille : l’exemple touchant de Christian »

  1. Félicitations à Christian pour avoir osé se lancer dans l’écriture et raconter son histoire familiale. Il peut être fier de lui ! Mais je suis certaine que tous vos conseils, Hélène, y sont pour beaucoup. Amicalement Sandrine

  2. Belle idée Christian de faire partager votre vie de famille à l’autre bout du monde, votre bonté de ne pas en vouloir aux plus jeunes de ne pas s’intéresser à leurs aînés, bravo à vous !
    Tout comme Sandrine, je suis certaine que les précieux conseils d’Hélène vous encourageront.
    J’ai relu plusieurs fois votre phrase « J’ai aimé écrire ce livre parce que mon père n’était plus là pour me décourager. » Elle raisonne tellement dans mon cœur, c’est si terrible que nos parents ne nous fassent pas confiance ! Pourtant, il aurait été si fier de vous, tout comme votre maman. Courage et faites rêver votre famille … et vous avant, c’est important, vous le méritez !

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